Johann

Une soirée comme une autre, Hurlevent.

[ Posté sur le forum RP du Culte de la Rive Noire, le 27 juillet 2012. Une simple histoire sans prétention. ]

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Chapitre 1. Juste mon boulot.

Je sentais dans ma main droite le poids parfaitement équilibré de mon arme, une dague courte et effilée au fil si tranchant qu'il aurait pu ouvrir un parchemin par le sens de la longueur. J'avais devant mes yeux le corps encore secoué de spasme de ma cible ; un homme gros, chauve et dont le ventre rebondi n'arrivait pas à être contenu par une quelconque chemise. Son regard me fixait encore alors qu'il ne voyait plus, une ouverture béante à la place de la gorge et une flaque écarlate qui allait s’élargissant sur la parquet qui avait accueilli sa chute. J'avais fini ce pour quoi j'étais venu, il me restait une dernière partie à exécuter si je voulais profiter de mon payement... Me tirer en vitesse de ce qui n'allait pas tarder à salement ressembler à un piège à rats !

Au moment même où les hommes de main du gros lard, alertés par les bruits, se décidaient enfin à venir en renforts et poussaient la porte de la pièce, je sautais à travers la fenêtre dans un très esthétique jaillissement de verre. J'entendis les exclamations de surprise derrière moi tandis que les gars découvraient leur patron raide mort et baignant dans son sang ; l'instant d'après, tandis que je me réceptionnais sans mal dans la cour du niveau inférieur, j'entendis les sifflements des premières balles à mes oreilles. J'espérais que les tireurs mettraient un peu de mauvaise volonté dans leur visée, sachant que leur patron ne leur était pas forcément sympathique, et détalait comme un lapin en glissant sur la dallage humide. Un petit crachin de début de soirée avait décidé de tomber entre-temps, faisant ressortir une légère brume du sol surchauffé par l'après midi de plomb qui venait de s'écouler. Quelque part, ça m'arrangeait, parce que la luminosité ambiante allait contrarier mes poursuivants. Je savais que la cour était fermée de toute part et que ma seule solution allait être de passer par les toits ; j'avais consciencieusement effectué mes repérages les jours précédents et me dirigeait automatiquement là où je savais trouver un empilement de caisse dans un coin qui me faciliterait la tâche.

C'est zigzaguant comme un poivrot qu'on vient de mettre à la porte mais bien plus rapidement que ce qu'un poivrot serait capable de faire que je traversais la cour et arrivais là où je voulais aller. Un premier bond me vit atterrir au sommet des caisses, un second saut me fît attraper la corniche du toit, un dernier rétablissement par une torsion du bassin et j'étais debout sur les tuiles. Finalement, être un Worgen n'avait pas que des désavantage et je sourit mentalement à la pensée de telles acrobaties devenues si faciles à effectuer au vu de mes nouvelles capacités. Le temps de grimper et mon sourire mental s'évanouit ; l'averse de balles recommença, ricochant sur les tuiles, la façade, faisant éclater le bois de la corniche derrière moi. J'avais l'étrange impression d'être pourvu d'un bouclier invisible. Au moment où cette pensée me traversai l'esprit, une des balles vint traverser le cuir de mon armure au niveau de l'épaule et je fini par me convaincre qu'ils étaient seulement trop loin pour m'ajuster mais que ça n'allait pas tarder à chauffer pour ma carcasse si je continuai à m'attarder stupidement. C'est à moitié à quatre pattes que je filais sur les tuiles brûlantes qui commençaient à être détrempées par le crachin qui s'épaississait.

Craignant vaguement qu'ils n’envoient quelque griffon ou autre engin voilant à ma poursuite, je détalai ainsi sur deux pâtés de maisons avant de me laisser glisser à terre en me laissant tomber sur un balcon puis profitant de volets et d'une colonnade. Je me retrouvai sur les dalles mal ajustées d'une ruelle étroite entre lesquels des herbes folles tentaient de forcer le passage ; je comptais le temps de deux respirations et repris ma course, enfilant ruelles sur ruelles, changeant souvent de direction, perdant ainsi mes éventuels poursuivants dans le labyrinthe du vieux quartier de la ville. Au bout d'un moment d'une telle course, je me plaquais dans l'encoignure de deux bâtiments qui tombaient en ruine et attendis, tous mes sens en alerte. Cinq, dix minutes passèrent. Rien, pas un bruit à des pas à la ronde, j'étais parfaitement seul si ce n'est le passage furtif de quelques rats en quêtes de nourriture.

Je me concentrai et repassais sous ma forme humaine. J'avais toujours l'impression d'ôter un déguisement, mais lequel étais devenu un déguisement ? Laquelle étais ma vraie forme, la réalité ? Cette pensée stupide m'assaillait à chaque fois et chaque fois je la renvoyais d'un soupir d'ennui. Je dégrafai ma cape, la retournai, et la remis ; l'envers avait la couleur d'un manteau quelconque, brun-rouille, et ressemblait plus à un manteau qu'à une cape ; je m'en servis pour masquer ainsi l'armure en cuir d'un noir mat qui avait suivi mes proportions (j'avais la chance d'être grand de nature et avait après des mois de recherches, fini par trouver un maître travailleur du cuir capable de fabriquer une armure souple et ajustable mais qui m'avais demandé une somme astronomique que j'avais pu baisser quelques peu après un âpre marchandage). Après ce rapide déguisement, certain que personne ne penserai à un humain roux à l'air d'un type quelconque en cherchant un Worgen gris et menaçant, je me remis en marche d'un bon pas, baissant la tête sous la pluie qui avait fini par se décider à tomber pour de bon et remontais la colline en direction du quartier des mages.


Chapitre 2. Foutus souvenirs.

A travers l'averse qui tombait sans discontinuer depuis ma fuite, les fenêtres illuminées de la taverne de l'Agneau Assassiné avaient l'air d'un hâvre sûr et accueillant. Restant un moment devant la porte, immobile, comme hésitant, j'écoutais les rumeurs familières. Rires gras, cris, discussions animés, bruits de verres et de chaises raclant le sol, et par dessus le tout, la voix basse et forte de Jarel, le tavernier ordonnant qu'on lui fasse de la place pour aller servir ses clients. Je me demandais encore une fois pourquoi c'est vers moi qu'il étais venu pour demander de l'aide. Ce type, le gros lard, était depuis peu le nouveau caïd des bas quartier, réussissant par un sale coup à éliminer le précèdent et prenant sa place. Seulement, dans le milieu, il y avait des règles que ce type n'avait pas tardé à ignorer sans vergogne. Quadruplant le montant des taxes, voulant gérer d'une poigne de fer toutes les affaires des quartiers pour son seul intérêt, il s'était en un temps record attiré l’hostilité des commerçants sur lesquels il voulait faire régner sa loi. Ceux-ci étaient bien d’accord de faire partie d'un système immuable de protecteur / taxateur, mais il y avait dans le milieu des choses qui ne se faisaient pas. Ainsi quelques uns s'étaient réunis en grand secret et avaient décidés de favoriser un rival du type que j'avais buté ce soir. Ca avait le mérite d'être clair, rapide et efficace.
Je me demandais en quoi j'avais pu m'attirer la sympathie de Jarel, qui m'avait proposé le contrat, et en quoi il savait que je serais capable de le faire. Puis je me dit que mon ardoise grandissante chez lui n’était peut être pas pour rien là dedans, ni le fait qu'il m'avait vu parfois remplacer le gros Joel, le videur, pour le débarrasser des indésirables. En tout cas, tout ça avait abouti à ce moment où je posais la main sur la poignée de la porte et entrai finalement.

Un instant, le brouhaha et l'agitation ambiante m'étourdirent et je revis une scène familière, pas si vieille que ça. Je me surpris à chercher des yeux un grand type maigre aux cheveux noir de jais qui allait me saluer de son large sourire, m’accueillir d'une tape dans le dos qui me donnerait l'impression que mes poumons se décollaient et me poser son immuable question « Alors vieux, toujours pas mort ?! » de sa voix chaude et rocailleuse. Mais je savais qu'il ne serait pas là, qu'il ne serait plus jamais là, et mon humeur s'assombrit tandis que ma vision s'habituait à la clarté de l'endroit. Ébrouant mes cheveux ruisselants de pluie, j’avançai jusqu'à une table éloignée, juste à côté de l'escalier qui menait au sous sol et m'installai dos au mur, gardant mon manteau. Ici, de toute manière, j'étais personne et tout le monde à la fois. Les gens ne se mêlaient pas des affaires des autres, réunis pour se changer les idées, faire des affaires plus ou moins louches ou trouver un peu de réconfort humain. Le réconfort en question, ce soir là, s’appelait Sahra et avait un sourire à faire fondre le pire des voyous, un regard du bleu le plus pur et une longue chevelure auburn. J'étais à peine installé qu'elle m'amenait déjà sur un vieux plateau métallique un verre, une bouteille du meilleur bourbon de Jarel et une double portion du plat du soir : des tranches de porc façon maison, avec une sauce aux champignon, des galettes de pommes de terres et quelques légumes frais. Rien qu'à ce traitement, je savais que ma seule présence ici lui annonçais ma réussite sans même qu'il même qu'il me pose la question; peut être même que la rumeur étais déjà arrivée à ses oreilles. Elle m'offrit en prime son sourire le plus enjôleur, celui qu'elle réservait au meilleurs clients, tout en dressant devant moi plat et boisson. Au passage, elle effleura ma main qui était en train de rouler une cigarette et me chuchota que ce soir, après le service, elle m'attendrait. Je savait que c’était une prime que Jarel m'offrait. Je devais vraiment lui avoir tapé dans l'oeil. Ou alors c'est parce qu’il savait qu'avec ce que je lui devait, il n'aurait pas à me payer la totalité du prix prévu. Peu importait. Je sourit à Sahra, la congédiait d'une amicale tape sur ses fesses rebondie et allumait ma cigarette. Il fallait que je me détende avant tout.

A travers la fumée, je voyait le monde autrement. Mon souper refroidissait mais je n'en avais cure. Comme à chaque fois après un boulot de ce genre, je sentais une immense vague de mélancolie remonter et je n'arrivais pas à l'en empêcher. En plus, le regard vide de la serveuse tandis qu'elle me chuchotait à l'oreille me mettait mal à l'aise. Un autre regard me revînt en mémoire, éclatant soudain comme je m'y attendait le moins. Un regard d'un bleu clair, si clair que parfois, on aurait dit qu'il était blanc, surmonté d'une chevelure blond paille. Eleanore. Ma femme. Elle aussi avait le regard vide quant je l'ai trouvé dans notre maison, morte, suicidée. Ca faisait un bail que je n'y avais pas pensé. Elle me regardait comme si elle me reprochait son propre malheur et je savais qu'elle avais raison. Merde. J'écrasais ma cigarette à moitié consumée dans le cendrier en céramique et passais mes mains dans mes cheveux. Heureusement que j'étais encore mouillé de la pluie, car sinon j'aurais juré sentir une larme ou deux descendre sur mes joues. Je regardais l'assiette et le verre en me demandant lequel me ferait le plus de bien et décidait de commencer par le verre. Plusieurs verres. J'avais oublié à quel point ôter la vie, même d'un type pareil qui méritait dix fois pire, me foutait la gerbe. Je devenais trop vieux pour ces conneries, vraiment. Après m'être éclairci l'esprit grâce au bourbon, je m'attaquai finalement au plat, parce que après tout, la faim se moque des états d'âme et que je devais bien avouer qu'une ballade sous la pluie, ça creusait. Le porc n'étais même pas complètement froid et pourtant j'avais l'impression de m'être laissé engloutir par mes souvenirs pendant un temps astronomique. Je revenais à la réalité, celle d'une assiette à moitié froide, d'un verre à moitié plein et d'une serveuse à l'arrière train ferme qui m'attendrait à la sortie. Je fini par sourire bêtement en me disant qu'après tout, si j'étais en vie et qu'une jolie fille pouvait chauffer mes nuits, c'est que tout n'allais pas si mal. Et je reléguais les souvenirs d'Eleanore et du cadavre du gros type au fin fond de mon subconscient, jusqu'à la prochaine fois...

 

[ PS : Partant de la chose que la contamination Worgen, etc, me diront certains bien pensant, qu'est-ce que Johànn va faire avec une fille, et bien c'est simple. Il connaît depuis bien longtemps les fantastiques préservatifs Direx© en boyau de mouton surchoix améliorés par quelques mage fantasque du Kirin Tor (un mage qui savait bien vivre, en passant). Extra-fins, extra-résistants et à prix convenable chez tout vos revendeurs! Tester, c'est approuver! ]