Chroniques de voyage
[ Posté sur le forum RP du Culte de la Rive Noire, le 17 novembre 2011. De son départ de Gilnéas jusqu'à son arrivée à Hurlevent. ]
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Bon baisers de Forgefer.
Depuis ma fuite de Gilnéas, j’errais dans les terres du nord, évitant les habitations, les bêtes et les monstruosités réprouvées qui pullulaient dans la région. Je ne m’approchais que des fermes isolées afin de chaparder quelque aliment, observant parfois la vie tranquille de ces familles qui seraient bientôt décimées, elles aussi. Et puis je continuais ma fuite au sud, toujours plus bas, toujours plus loin de chez moi. Mon état de Worgen m’amenait une force et une résistance inégalée, sans aucun doute la seule raison de me survie dans les terres arides ; je devenais tellement une bête, au premier sens du terme, que je chassais et dévorais le gibier cru et entier sans me dégoûter. Mais reste que je préfère toujours un steack bien préparé à un lièvre sanglant… Très vite, je prenais la décision de taire ma nouvelle nature, voyant bien l’effet que mon apparence avait sur les quelques personnes que je croisais en forme de Worgen : terrorisées, elles fuyaient, quand elles ne tentaient pas de me pourchasser. Comme je n’avais aucune envie de mettre prématurément fin à mon périple, il me fût facile de prendre cette décision.
J’arrivais aux premiers contreforts de Dun Morogh à la moitié de la saison froide. Depuis le début, j’avais fui les nains comme j’avais fuis les humains du Nord mais là, je décidais avoir suffisamment maîtrisé ma nouvelle condition pour m’approcher des villes ; j’avais eu en effet tout loisir de constater que je pouvais décider de ma transformation et que je pouvais rester tout à fait humain en faisant un simple effort de volonté. Cela avait des avantages certains. Ainsi, aux yeux de tous et officiellement, je serais humain, uniquement humain. Je traversais toute la contrée enneigée de nuit, profitant de la protection de la fourrure du Worgen et ne me montrait qu’aux portes de Forgefer, sale, fatigué et en haillons, tel le réfugié va-nu-pieds que j’étais devenu. Là, je constatais très vite deux choses : l’hospitalité des nains n’est pas un vain mot et leur ouverture d’esprit est proportionnellement inverse à leur taille.
Alors que je me décidais à faire la manche dans une des salles passante de la grande cité de pierre, je fus très vite abordé par un de ses habitants ; un nain bourru, costaud, à la barbe grise et noire en bataille. Il n’y a pas de mendiants, à Forgefer, et je compris très vite pourquoi. Un nain ne laisse jamais quelqu’un dans la dèche. Jamais. Ainsi, l’inconnu me proposa quelques petits boulots pour le décharger. Il avait trop à faire, me disait-il, et plus assez de bras à la maison. Ce n’était pas forcément tout à fait vrai, mais ça m’arrangeait bien. Je me retrouvais chez lui l’après-midi même, une maison modeste à moitié creusée dans la roche, à 2 kilomètres à peine de la cité. Le nain était un charbonnier – forgeron et il m’envoyait chercher du bois, chasser, faire tous les menus travaux nécessaires au bon fonctionnement de la petite forge. Jamais il ne me posa de question quant aux traces de griffes et de dents dans le gibier ramené, comme il ne me demanda jamais non plus pourquoi je disparaissais des nuits durant. Je bénissais les dieux d’avoir mis un être tel que lui sur ma route, au moment où je n’envisageais plus d’espoir pour mon avenir proche.
Ce nain avait un fils qui étudiait l’ingénierie gnome depuis 10 ans. Bien sûr, après autant de temps, il avait acquis des compétences certaines mais ça arrangeait bien son maître de le laisser apprenti et de le laisser se charger de tous les travaux ingrats. Il ne se plaignait pas trop et s’y retrouvait en faisant de moi son propre apprenti, à ma demande. Avec lui, j’appris beaucoup et rapidement. Sur la mécanique, l’automatisation des machines, je perfectionnais mes connaissances en explosif et il m’apprit aussi à piloter mon premier gyrocoptère, non sans mal. Je me fracturais l’omoplate au premier essai et un pouce au second. Mais je peux dire aujourd’hui que grâce à lui, je maîtrise le vol autant que la monte et en restant modeste, j’ai toujours été un très bon cavalier. C’est ainsi que je passais mon premier hiver hors de ma patrie depuis mon retour en Gilnéas, entre corvées et mécanique.
Et maintenant Hurlevent.
Au retour de la belle saison, je quittais mes hôtes non sans une once de regret et repris ma route. J’arrivais à Hurlevent au début de l’été et j’y trouvais très vite quelque chose de familier qui me rappelait la ville-état de Gilnéas, en plus grand et en plus cosmopolite. Son port, ses bas-quartiers avec les habituelles tavernes louches, ses beaux quartiers huppés peuplés de nobles coincés, son palais et ses gardes partout… Vraiment, j’ai très vite aimé cette ville, je m’y sens bien. A l’aise. Mais toujours sans le sou et sans abri. C’est un côté de cette vie que je trouve fatiguant et, quelque part, bien ironique. Moi, le fils de bourgeois friqué, comptable, commerçant rangé bien pépère, devenu hors-la-loi et sans domicile fixe après avoir regardé de haut les ratés de la société… Même dans la pègre de Gilnéas, je me considérais comme mieux qu’eux. Et là, j’étais vraiment tombé tout en bas. Plus bas, je pouvais pas, y a pas. Quoique. Un cadavre de réfugié anonyme dans les canaux, en y réfléchissant, ça pourrait être pire. Mais je ne suis pas du genre à m’apitoyer sur moi-même, plus maintenant. Hors donc, j’adore cette ville qui me le rend si mal.
Quand il fait beau, je m’installe en haut de la cité, vers le lac et la zone agricole, et je m’endors en voyant les étoiles ; je pense toujours à ma fille en les voyants. Pas que cette pensée me réconforte, mais j’imagine ce qu’elle serait devenu. Je la vois souvent au hasard d’une fille croisée dans la rue ; la nostalgie d’un père est inguérissable… Mais ce n’est pas le propos. Revenons à mon quotidien : quand il fait trop froid, ou trop mauvais, je me faufile à travers les hangars du port pour y trouver abri. La journée, je flâne à travers les rues commerçantes et les grandes artères, un peu de vol à l’étalage, quelques détroussements de bourse suffisent à me faire vivre au jour le jour. Parfois, quand je peux, je vais tendre l’oreille dans quelques tavernes, à l’affût d’une affaire plus conséquente pour arrondir les fins de semaines. C’est rare, mais ça arrive. Un client mauvais payeur, une histoire d’adultère ou ce genre de chose où il est nécessaire de faire appel à un gros bras pas trop connu du quartier. Finalement, je me suis fait quelques (fausses) amitiés qui me permettent de m’en sortir un peu mieux. Et parfois, je tombe sur pire que moi et m’en sors avec quelques bricoles plus ou moins désagréables. Les risques du métier…
J’étais pourtant décidé à sortir de « tout ça ». Trouver un vrai boulot honnête, une chambre, une gentille fille. Pourquoi pas… Non en fait, on oublie la fille ; si j’ai toujours gardé l’alliance d’Eleanore c’est bien pour ne plus me laisser avoir par une fille. Bref, j’ai eu envie de retrouver une vie de citoyen ordinaire, mais on dirait que je ne suis pas fait pour. Déjà, essayez de trouver du travail quand la présentation s’arrête à quelque chose comme : « Salut, je suis Gilnéen, Worgen, j’ai 40 ans, je connais 36 façon de tuer un homme et je sais tenir les comptes d’un commerce ». Vous voyez le genre, ça le fait mauvais. Et je préfère encore faucher le sac d’une petite vieille que de me présenter comme manutentionnaire au port. Question de fierté, peut être mal placée, mais j’ai pas passé 20 ans de ma vie à être mon propre responsable pour en arriver là. Peut-être plus tard ; si vraiment l’hiver arrivant, j’en suis toujours réduit à faire les fonds de poches des passants, je me pencherai dessus. D’ailleurs, si vous avez du boulot, je suis ouvert à tout ce qui peut me permettre d’utiliser mes compétences… TOUTES mes compétences.