INTERVIEW 2003 - PARUE DANS DIVERS MAGAZINES ITALIENS
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Berserk dénote une certaine passion pour le moyen âge européen. Comment est-elle née et quelle influence a t-elle eu sur votre travail?

Les informations que nous avons au Japon sur la Fantasy occidentale sont un peu bizarres. Je trouve que les Japonais sont sans l'ombre d'un doute le peuple asiatique qui, plus que tout, aime la Fantasy européenne. Ceci est peut être dû à l'histoire de l'après guerre. La vision des valeurs dans ces pays, en occident et autre, a longtemps été passablement erronée: je pense que ceci a été démontré de manière remarquable dans certains styles de Fantasy qui expriment sur le papier certains rêves et images. La plupart des enfants japonais sont plus familiarisée avec les cavaliers en armures qu'avec les samouraïs et leur chonmage (*la coiffure typique des samouraïs, avec une queue de cheval ramenée sur la tête). La Fantasy correspond vraiment à la magie de l'épée. Moi aussi, pour ce que j'arrive à m'en rappeler, j'ai grandi avec cette vision des choses. En dessinant un manga de Fantasy, je voulais réaliser une histoire qui fasse participer le lecteur. Lorsque je me mets à examiner de manière approfondie les impressions émanant de la scène, il m'est naturel de me retrouver dans le moyen âge européen. Naturellement ce n'est pas le vrai moyen âge, mais une image fausse, recrée, de l'Europe de cette époque, qui rencontre beaucoup de succès aujourd'hui dans un pays oriental comme le Japon. Il est problable que les samouraïs ou les ninjas dessinés par un occidental paraîtront bizarres à nos yeux de japonais, mais peut être de même le monde médiéval de Berserk apparaît bizarre aux occidentaux, nêst-ce pas? Plus que ça, je suis surpris de l'accueil reçu par Berserk, pas tant de la part du public moderne japonais à qui il était destiné, mais bien plus de la part des lecteurs des lieux où se déroule l'action, ainsi l'Europe et en particulier l'Italie.

J'ai remarqué aussi des références à des peintres/illustrateurs européens comme Escher (1898 – 1974, illustrateur/mathématicien spécialiste des "illusions spatiales") et Hyeronimus Bosch (1450 – 1516, peintre flamand avec une prédilection pour les représentations monstrueuses). Avez vous "étudié" leurs œuvres?

J'apprécie autant Bosch qu'Escher, de qui je me suis même procuré des oeuvres. En outre, j'apprécie les eaux fortes de Peter "le jeune" Bruegel (*1564 – 1637/8, auteur obsessionnel de représentations de scènes infernales) et Gustave Doré (*1832 – 83, sculpteur, illustrateur et peintre français, célèbre pour ses illustrations de la Divine Comédie de Dante) et dans les illustrations, j'admire Frank Frazetta (*1928, fameux illustrateur de comics américains) et Luis Morrison.

Dans Berserk, il me semble coexister deux filons: celui historique/aventure et celui fantastique/horrifique, toutefois il me semble que le second a pris le dessus. Vous êtes d'accord?

Berserk est avant tout une histoire de Fantasy. Le côté historique s'est inséré pour augmenter la sensation de réalité, pour situer les lecteurs sur le lieu de l'action. Au départ, j'ai fait coexister les deux aspects pour que tous les lecteurs puissent me lire, même ceux qui ne s'intéressent pas particulièrement à la Fantasy et au fantastique. Je ne voulais pas absolument faire une oeuvre pour les seules maniaques.

Le très long flash-back avec l'histoire de la troupe du Faucon permet à l'histoire de "décoller". L'aviez vous prévue depuis le début?

Les mangas pour lesquelles j'ai une prédilection personnelle sont ceux dans lesquels les lecteurs réussissent à "se lier" au personnage, c'est à dire éprouver de la sympathie et de la compassion, s'y identifier. Je pensais qu'il serait mieux de raconter la vie du protagoniste tout d'un trait, dans le but de renforcer l'amour des lecteurs pour Guts… Certes, cela s'est prolongé de manière inattendue! Mais désormais, ce qui est fait est fait. Pourtant, malgré l'inexpérience, je pense avoir donné la bonne tournure à une œuvre qui réussi à créer l'empathie.

Un des points forts de Berserk durant le flash-back c'était justement la richesse des personnages, cela n'a pas été trop difficile de "sacrifier" toute la Troupe du Faucon?

Etrangement, c'est une chose que j'ai faite avec un maximum de sérénité. Se laisser prendre exagérément par certains personnages n'est pas très naturel pour celui qui crée l'œuvre, comme au contraire cela peut l'être pour les lecteurs. Ce qui comptait pour moi, c'était que dans le manga l'apparition de tels personnages avait un sens : il y a des moments pour vivre et des moments où nous sommes confrontés à la mort… Je ne sais pas si cela peut paraître bizarre, mais c'est une chose à laquelle je tenais beaucoup.

Avez vous suivi le travail de l'animé Berserk? Et comment trouvez-vous le résultat final?

Pour la production de la série TV j'ai toujours été mobilisé et pressé par les engagements, mais je ne crois pas qu'on ait gâché de l'argent ou du temps. Dans leurs limites, toutes les personnes engagées dans l'animé ont fait de leurs mieux. Naturellement moi aussi, quant le temps me l'a permis, j'ai collaboré avec plaisir.

Vous avez beaucoup collaboré au jeu vidéo de la Dreamcast...

L'animé est centré sur la Troupe du Faucon, pratiquement seulement sur l'histoire du cavalier noir, le jeu est quelque chose de différent. C'est le premier mix médiatique relatif à Berserk et peut être a t-il bouleversé l'idée qui s'était crée de l'image de Guts en tant que cavalier noir uniquement. Heureusement, par rapport à l'animé j'ai eu plus de temps à ma disposition pour le suivre.

Berserk vous absorbe totalement, pensez-vous que dans le futur vous reviendrez travailler sur Japan (*autre manga de Miura) ou pensez déjà vous à d'autres histoires?

Je n'ai pas l'intention de retourner sur Japan, mais tôt ou tard je voudrais essayer de dessiner quelque chose dans le domaine de la science-fiction. Le grand avantage d'être mangaka consiste justement dans la possibilité de créer des "mondes" toujours différents et qu'on ne trouve pas ailleurs. 

Interview de Kentaro Miura par David Castellazzi – à l'origine publié dans Jappamondo* n°3 et successivement réédité dans la Scuola di Fumette* n°8 en février 2003 dans le corps d'un article dédié à Berserk (* Magazines italiens). Source du texte BerserkChronicles. Traduction et adaptation française pour le site BAE par lady Gally, 2006.

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